Monsieur Jean Paul DUPRE
Député de l’Aude
Maire de Limoux
Copie à Messieurs ;
· Jacques Bascou,
Député, Maire de Narbonne
· Jean Claude PEREZ,
Député, Maire de Carcassonne
Monsieur le député,
Je vous remercie de votre courrier qui nous informe des raisons qui vous ont
conduit à voter contre le projet de budget 2012 de la Défense Nationale.
Vous ne serez pas surpris que nous ayons, sur certains points, des approches un
peu différentes.
C’est le cas lorsque vous regrettez que l’exécution réelle des budgets soit régulièrement inférieure aux
crédits votés au parlement.
Cela ne nous attriste pas, bien au contraire. Encore faut-il regarder de plus près sur quels postes ont été faites ces
« économies ».
En tout cas lorsque le gouvernement explique que l’on peut faire aussi bien dans l’éducation nationale, avec les amputations
drastiques que l’on connaît, cela devrait être vrai aussi en matière de Défense.
Alors nous continuons de penser qu’il n’est pas possible, dans cette situation de crise, d’augmenter les crédits d’équipement
de 3% alors que les budgets sociaux sont mis à la diète ; de continuer de s’inscrire dans
une dérive des dépenses militaires mondiales qui ont progressé de 92 % depuis 2002 (source SIPRI)
Mais j’ai noté aussi avec intérêt le rappel de principes sur lesquels nous pouvons nous retrouver et échanger utilement.
Nous aussi considérons qu’une Défense Nationale non agressive doit être au service des populations, de la sécurité du
territoire et de la souveraineté du pays.
Les réponses aux nouvelles menaces auxquelles nous pourrions faire face et l’attachement à nos valeurs communes, ne justifient
pas forcément la sophistication de nos armements.
Malheureusement notre armée est de plus en plus impliquée dans des interventions extérieures, comme vous le signalez, qui vont
à l’encontre des intérêts nationaux, de l’image de notre pays et souvent de la paix et de la stabilité mondiale.
Là encore il faut distinguer les missions assignées à nos armées. S’agit-il de forces d’interpositions et de maintien de la
paix comme la FINUL au Liban où de forces combattantes hors des cadres fixés à l’origine par les Nations Unies et pour des buts très éloignés du « devoir de protection des
populations » comme en Afghanistan ou plus récemment en Libye.
Cela se traduit évidemment au niveau des crédits en forte augmentation pour financer les OPEX .
Nous aussi considérons que le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN est une décision politique qui
confirme le glissement militariste de notre diplomatie et son alignement sur la stratégie impérialiste des E.U.
Elle prive notre pays d’une voix indépendante sur la scène internationale dans la prévention et la gestion des crises et rend
mort née une véritable politique extérieure et de sécurité commune en Europe au service de la paix. Elle nous coûte en année pleine plus de 80 millions d’euros.
Mais je voudrais insister plus particulièrement sur la question des armes
nucléaires que vous n’avez pas évoquée dans votre courrier, par ailleurs fort argumenté.
Pour nous l’arme nucléaire est une arme effroyable.
Elle est la seule arme capable d’éliminer la vie sur la planète et en un temps très court.
Mais au-delà de la dimension humaine - qui est essentielle - la possession de l’arme nucléaire par une poignée d’États conduit à une
hiérarchisation du monde, faite de dominations par les possesseurs de la bombe.
Or on ne prévient pas les conflits par la culture de guerre. On ne peut donc pas envisager construire un autre monde sans remettre fondamentalement en cause l’arme atomique.
Nous dénonçons l’immoralité de cette arme, son illégalité, son coût et même son inefficacité militaire comme l’avancent certains généraux.
C’est la raison pour laquelle nous récusons le
mensonge de la théorie de la dissuasion nucléaire car il y a usurpation de valeurs.
Pourtant c’est à partir de ce concept que la France, troisième puissance atomique
mondiale, y consacre près du
quart de ses crédits d’équipement, 20 ans après la fin de la guerre froide.
La France, puissance nucléaire, a été le dernier État à avoir signé le Traité de non-prolifération des armes nucléaires. (TNP)
Comme les autres signataires, notre pays est tenu par le contenu de ce traité, dans lequel tous les États s’engagent à oeuvrer
de bonne foi au désarmement nucléaire, à une date rapprochée.
Or la France modernise actuellement l’ensemble de son arsenal, nouveaux sous-marins, nouveaux missiles, nouvelles têtes
nucléaires.
Aujourd’hui, malheureusement, notre pays est celui qui freine le plus dans les processus de désarmement. La France refuse toute
avancée multilatérale. Même au sein de l’Otan, où les ministres des Affaires étrangères des pays, qui disposent d’armes atomiques « étasuniennes » sur leur sol, demandent un processus
de retrait. C’est la France qui empêche toute discussion sur le sujet.
Le Mouvement de la Paix ne demande pas l’abolition unilatérale de l’arme atomique française qui
ne serait pas comprise par l’opinion publique dans le contexte actuel , mais demande le gel du
programme de renouvellement des missiles M45 par les M51, et le renoncement à sa composante aéroportée.
Ce serait des actes politiques conséquents et
crédibles pour aller vers un processus global et contrôlé d’élimination.
En matière de désarmement, comme vous le savez, des avancées ont été réalisées au cours de ces dernières décennies. Elles l’ont été par la
conjonction de l’action des citoyens, de certains États et des institutions. Elles concernent différents types d’armes de destructions massives.
Il nous reste à obtenir maintenant une dernière convention, celle sur les armes
nucléaires, qui aille plus loin que le désarmement et la non-prolifération.
C’est pourquoi nous revendiquons l’adoption d’une convention d’élimination des armes nucléaires et pour ce faire nous sommes
parties prenante avec un collectif de 62 organisations françaises de la « Campagne internationale pour abolir l’arme nucléaire (ICAM) »
Je vous informe que nous organiserons les 24 et 25 mars prochains une mobilisation nationale autour des 25 sites de la force de frappe
française pour que ce sujet ne soit pas ignoré du débat public pour les échéances électorales de 2012.
Elle portera l’exigence d’engagement de la France dans la Convention, mais aussi de la réduction des dépenses militaires.
Ce serait une bonne contribution pour la tenue d’une Conférence internationale prévue en
2012 pour la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Proche et Moyen Orient
Plus de la moitié des pays du globe sont membres d’une zone exempte d’armes nucléaires.
Imaginons ce qu’induirait une nouvelle zone au Proche et Moyen Orient concernant Israël, l’Iran, le Pakistan…
J’espère que nos préoccupations et nos réflexions auront retenu votre attention et contribué au
nécessaire débat concernant la paix et la sécurité collective qui nous concernent tous
Je vous prie de croire Monsieur le Député, à l’assurance de ma considération.
Jacques Obriet
Président du Comité audois
du Mouvement de la Paix
(voir la lettre de Jean Paul Dupré dans la rubrique pages)