
Deux événements
viennent de marquer l’actualité de ces dernières semaines. Bien que de nature différente et sans lien entre eux, ils interrogent les pacifistes
fondamentalement opposés à toute forme de violence.
Le premier a trait à la fusillade au 3 RPIMa le 29 juin à la caserne La Perrine à
Carcassonne lors de la démonstration d’un commando devant un public invité à une journée « porte ouverte ».
La presse a largement relaté et commenté les circonstances et les conséquences du
drame.
Un militaire, ayant confondu ses munitions, avait tiré à balles réelles
en direction de la foule, faisant 17 blessés dont certains gravement atteints et parmi eux des jeunes
enfants.
Méprise, erreur tragique, incompétence, les qualificatifs n’ont pas
manqué.
Reste que l’on ne peut isoler cette tragédie de la culture de la force et de la
violence légitimée par les thèses sécuritaires qui dominent parmi les cercles dirigeants.
Que l’on rende hommage à des soldats qui ont officiellement pour mission de
préserver la sécurité, l’indépendance, l’intégrité du territoire et de concourir au maintien de la paix, cela peut se concevoir aisément.
Que l’on valorise leur professionnalisme, leur sens du devoir, leurs qualités
physiques et morales, rien d’anormal.
Mais en quoi on grandit l’institution militaire en montrant des soldats
transformés en « Rambo » tirant dans le tas pour épater la galerie ; quand on admet la mort de dizaines d’innocents pour neutraliser un « terroriste » comme le suggérait
l’exercice en question ?
Mais indépendamment de ce drame, qui aurait pu être évité, quelle image
l’opération du 29 juin pouvait-elle donner de l’armée et de ces missions ?
Ce triste spectacle peut conduire aux
pires comportements.
C’est pourquoi il faut bannir tout ce
qui peut banaliser la guerre et habituer le public à sa violence car la guerre n’est pas un jeu même avec des balles à blanc.
Si le Chef de l’Etat a eu des propos très durs contre l’armée de terre, accusée
d’amateurisme, c’est le même Nicolas Sarkozy qui glorifiait récemment l’opération de la légion
parachutiste qui avait sauté en mai 1978 sur la ville de Kolwezi,
Rappelons que cette opération, qui fit des dizaines de morts, avait permit de
conforter le régime de Mobutu, au pouvoir depuis 1965 et l’accroissement de la coopération militaire franco-zaïroise au profit des grands groupes
industriels de l’hexagone.
Le second événement est nettement plus positif : la libération d’Ingrid
Betancourt retenue en otage par les FARC depuis plus de 6 ans dans la jungle colombienne.
Tout le monde exprime sa joie et son soulagement. On peut aussi apprécier les
conditions de la libération de l’ex otage et ses compagnons, sans un coup de feu, sans mort ni blessé.
C’est un succès pour le président Uribe mais on peut aussi penser que les
opinions publiques et les chefs d’Etat, dont les nôtres, qui se sont mobilisés, ne sont pas pour rien dans cette issue heureuse.
Il est légitime de se réjouir qu’Ingrid Betancourt soit de nouveau libre et
rendue enfin aux siens. Mais cela ne signifie pas le retour de la démocratie en Colombie et la fin du cauchemar pour ses habitants.
On pense bien sûr aux centaines d’otages encore aux mains des FARC dont
l’isolement est de plus en plus patent.
Mais une autre facette de la politique colombienne reste occultée. Or elle
conditionne la paix et la concorde dans le pays.
La Colombie est un pays riche mais 60% de ses habitants vivent au dessous du seuil de pauvreté pendant que 5% de privilégiés possèdent
80% des terres cultivables.
Tout a été dit sur les méthodes inhumaines des FARC mais pour les conduire à
déposer les armes il faudra d’autres mesures que la militarisation du pays.
Il faut que le million de paysans chassés de leurs terres par l’armée puissent y
retourner ; que les dizaines de milliers de paramilitaires soient désarmés ; que les 10000 miliciens qui pillent, violent et assassinent des pauvres gens au service des grands
propriétaires soient mis hors d’état de nuire. La Colombie est le pays d’Américaine Latine qui connaît le plus grand nombre d’assassinats de syndicalistes.
Il ne peut y avoir de paix et de justice là où dominent la violence et les
inégalités les plus extrêmes.
Pour cela aussi il faut que les opinions publiques se mobilisent.
En rendant hommage à Ingrid Betancourt, à son courage, à sa lucidité et sa
dignité, continuons, avec elle et tous ceux qui le veulent, à travailler pour faire reculer la haine et la violence en cultivant la paix, en Colombie comme sur toute la planète.