65 ème anniversaire des bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki

marche 2010 Caunes 034

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

 

Il y a 65 ans, le 6 août 1945 à 8h15, un bombardier américain larguait une arme terrifiante   au dessus de la ville d’Hiroshima.

Quelques minutes après l’explosion, la ville fut rasée à 60%  et sur un rayon de 2 km toute trace de vie avait disparu.

Un vent de 800 km/h souffla  avec une chaleur extrême et une  pluie noire s’abattit sur les ruines et les habitants.

La bombe d’Hiroshima tua instantanément  70 000 personnes, la plupart brulés.

Sous les effets des radiations 60 000 autres  moururent dans les 4 mois qui suivirent et jusqu’en 1950, 70 000 autres succombèrent à leurs blessures.

Trois jours plus tard, le 9 août, le même scénario se reproduisit avec un autre B29 qui lâcha une bombe encore plus puissante à 11h02 sur Nagasaki.

Cinq ans après ces bombardements, le nombre de victimes s’élevaient à 340 000 morts, soit 6 fois plus que celles occasionnées par les raids allemands sur les villes britanniques en 1940 et 1941 qui visaient, eux aussi des populations civiles.

La bombe atomique qui ravagea la ville d’Hiroshima était la première arme de destruction massive expérimentée à échelle réelle.

Elle visait à créer un climat d’épouvante dans la population civile afin, disait-on officiellement, de hâter la réédition du Japon.

Les habitants de ces deux villes martyrs servirent surtout de cobayes humains pour tester les effets monstrueux de la plus terrifiante des armes imaginées par les hommes ; arme d’apocalypse capable de détruire toute vie sur la planète

Pour le président Truman, président des Etats-Unis à l’époque, c’était le prix à payer pour sauver des vies américaines. Thèse réfutée par certains militaires comme les généraux Eisenhower ou Mac Arthur  ou certains scientifiques comme Albert Einstein, qui tous considéraient la bombe atomique inutile d’un point de vue militaire ou moral car « le Japon avait déjà perdu la guerre »

Deux jours après cette tragédie, le 8 août, Albert Camus écrivait avec une lucidité incroyable dans le journal « Combat »

« La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. Et il concluait par ces mots :

« Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous percevons encore mieux que la paix et le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernants pour choisir entre l’enfer et la raison. »

Ce message reste toujours d’actualité 65 ans plus tard. Certes il n’a pas empêché la prolifération nucléaire de cette arme dans 9 Etats du monde, ni la velléité d’autres de s’en doter.

Mais si d’autres « Hiroshima » n’ont pas eu lieu, et il faut s’en réjouir, ce n’est pas grâce à l’équilibre de la terreur, ni à   la sagesse des chefs d’Etats mais en raison de la pression des opinions publiques et des forces pacifiques qui n’ont jamais cessé de lutter pour l’abolition de cette arme.

Aujourd’hui 22 000 armes nucléaires, mille fois plus puissantes que celle d’Hiroshima, ont la capacité de détruire plus de 100 fois la planète.

A tout moment elles peuvent être utilisées par folie ou par méprise.

Aux Etats-Unis comme en Russie, sur le simple signal radar d’un missile non identifié une frappe de représailles peut être déclenchée en 30 minutes.

Mais la possession de l’arme nucléaire et la doctrine de la dissuasion n’assure pas la sécurité collective.

Elle est impuissante à faire face aux nouvelles menaces qui pèsent sur l’humanité et à régler les conflits récurrents comme par exemple celui du Moyen Orient

Au contraire elle est facteur de tension et de danger pour la Paix.

Elle n’a pas empêché les guerres de ces dernières décennies et ses millions de morts ni celles de l’Irak et de l’Afghanistan pour lesquelles les Etats-Unis a déjà consacré 903 milliards de $

Elle n’a pas ralenti la course aux armements dans le monde qui bat des records avec plus de 1500 milliards de $ pour l’année de 2009. Cela représente 2,4% des richesses mondiales alors que toutes les 5 secondes un enfant de moins de 5 ans meurt de faim ou de manque de soins élémentaires.

65 ans après Hiroshima et 40 ans après le traité de non prolifération, après de nombreuses luttes,    l’abolition devient une exigence politique rappelée en mai 2009 à Prague par Barak Obama et le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon ; réaffirmée encore  lors de la conférence de révision du TNP qui s’est tenue aux Nations Unies en mai dernier.

Cette année pour la première fois depuis 65 ans des représentants des Etats-Unis, de la France et de la Grande Bretagne participeront aux côtés du secrétaire général des Nations Unies aux cérémonies de commémoration à Hiroshima.

C’est un message  dont il faut mesurer la signification.

Nous espérons que cette présente fasse avancer le processus en faveur du désarmement nucléaire.

Si la France annonçait, par exemple, la suppression de son programme de missiles M51 ce serait un geste de grande portée.

Lorsque Barak Obama  parle de monde sans armes nucléaire nous apprécions ce discours.

Mais il serait encore plus crédible s’il s’accompagnait de l’abandon  du bouclier anti-missile et la modernisation des arsenaux.

Nous prenons en compte ce contexte nouveau qui nous conforte dans  l’idée qu’il faut renforcer la mobilisation de l’opinion publique plutôt que s’en remettre aux seuls chefs d’Etat.

Car tant que les puissances nucléaires considéreront qu’ils ont besoin de l’arme atomique pour leur sécurité ils auront du mal à dissuader les autres de ne pas l’acquérir.

S’adressant à la communauté internationale, ces derniers jours, Tadatoshi Akiba, maire d’Hiroshima disait :

« Les gens oublient de plus en plus l’histoire tragique d’Hiroshima et de Nagasaki et le message des hibakusha, c'est-à-dire les survivants.

Vivant à notre époque, il nous incombe de faire un travail de mémoire et par tous les moyens de disséminer la culture de la paix, le rejet de toute forme de violence et le respect total de la réconciliation et de la tolérance.

Faisons en sorte que toutes les villes et les peuples du monde se prennent par la main pour créer un monde de paix, sans violence et sans armes nucléaires »

Comment ne pas souscrire à ces fortes paroles. C’est pourquoi j’avoue mon trouble et   mon inquiétude lorsque j’entends des propos et des déclarations venant du plus haut niveau  de l’Etat mettant  en avant des stratégies de stigmatisation et de discrimination  à l’égard d’une partie de nos concitoyens et de la population qui vit sur notre sol.

La paix civile, le vivre ensemble ne peuvent se construire sans l’égalité devant la loi et sans la considération due à tous les citoyens sans distinction d’origine et rassemblés sur les principes de laïcité et de démocratie au sein de la République.

On touche là aux valeurs prônées par la culture de la paix, promue en l’an 2000 par l’Assemblée générale des Nations Unies et l’UNESCO et pour lesquelles le Mouvement de la Paix milite inlassablement.

Nous allons nous retrouver dans un instant pour partager le verre de l’amitié et un pique nique convivial dans les jardins de l’abbaye

Mais auparavant je vous propose qu’en ce jour particulier les enfants déposent une plaque commémorative au pied de l’olivier de la paix   à la mémoire des victimes des bombardements atomiques et de toutes les guerres.

 

Jacques Obriet

 

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