Débat Afghanistan – Conques 19 septembre 2008

 

La mort de 10 soldats français du RPIMa le 18 août dernier dans une embuscade à l’ouest de Kaboul a créé une forte émotion dans l’opinion publique et plus encore à Castres et Carcassonne

 

La France découvrait qu’une guerre se menait en Afghanistan depuis 7 ans, depuis la chute des talibans, et que des soldats français y étaient engagés

 

Il est utile de faire un petit retour en arrière pour comprendre l’enchaînement des événements :

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 contre les tours de Manathan le conseil de sécurité de l’ONU avait  adopté une résolution condamnant l’attentat et réaffirmant le droit à la légitime défense pour les Etats victimes d’attaques (article 51 de la chartre)

 

Le 7 octobre 2001 les Etats-Unis ont donc pris l’initiative d’un conflit armé contre l’Afghanistan et les talibans au pouvoir, en liaison avec l’alliance du Nord du commandant Massoud (assassiné le 9 septembre 2001)

 

Cette opération militaire baptisée « enduring freedom » s’engagea avec une dizaine de milliers de soldats et en quelques mois le régime des talibans  fut renversé

 

Puis  les Etats-Unis poursuivirent la traque de Ben Laden et du mollah Omar

 

Par ailleurs l’ONU mandata   en octobre 2001 une force internationale (l’ISAF)   « Force internationale d’assistance et de sécurité », composée de 37 pays et de 10 000 hommes

Objectifs :

·        protéger Kaboul et ses environs

·        étendre l’autorité du gouvernement provisoire mis en place après la chute des talibans

·        faciliter la reconstruction du pays

La durée de la mission était fixée à 6 mois (en fait cette mission a été prolongée)

 

En 2003 les américains engagés dans la guerre en Irak cherchent  du renfort pour ses troupes en Afghanistan

 

Le conseil de sécurité désigne alors  l’OTAN le 11 août 2003 pour piloter et contrôler la mission de l’ISAF

 

Officiellement sur le terrain en Afghanistan il y a donc 2 forces militaires distinctes :

 

·        Les EU avec l’opération Enduring Freedom c'est-à-dire la chasse aux talibans et à la recherche des dirigeants d’Al Qaïda

·        L’ISAF , c'est-à-dire le contingent international toujours chargé officiellement de la sécurité et de la reconstruction  du pays

 

Mais dans les faits ces deux forces n’ont font qu’une et la priorité de leur mission se focalise sur les opérations de guerre contre les talibans ou supposés tels

En mars 2007 une nouvelle résolution du Conseil de sécurité confirme cet état de fait en demandant à l’OTAN de coopérer étroitement avec les forces américaines

 

En 2004 les troupes étrangères en Afghanistan se composaient de :

·        20 000 soldats américains

·        10 000 soldats de l’ISAF

 

Au fil des années ces contingents se sont renforcés. Aujourd’hui il y a environ 70 000 soldats sur le terrain dont 2000 français. Mais certains estiment qu’il en faudrait 10 fois plus 

 

A la demande de Bush, empêtré avec cette guerre et celle de l’Irak, Sarkozy a décidé de venir à son secours en envoyant au mois d’avril 700 soldats supplémentaires.

Et plusieurs militaires de Castres et de Carcassonne viennent de partir récemment pour assurer la relève des contingents en place.

 

Or le 26 avril 2007 sur France 2 le candidat à l’élection présidentielle , Nicolas Sarkozy,  affirmait vouloir poursuivre la politique de retrait de son prédécesseur en rajoutant « qu’ aucune armée du monde n’a réussi dans un pays qui n’est pas le sien ». Quel retournement !

 

Que ce passe t-il sur le terrain ?

 

Les opérations militaires et les raids ne font pas de distinguo entre talibans et la population

 

Les bavures se multiplient faisant de nombreuses victimes civiles. Quelques jours après l’embuscade dont furent victimes les soldats français, un bombardement rasait un village faisant 90 morts et de nombreux blessés, principalement des femmes et des enfants.

 

En 2007 il y a eu 8000 morts et le nombre de civils tués par des bombardements américains a triplé entre 2006 et 2007 selon l’ ONG Human Rights Watch

 

L’insécurité grandit chaque jour et les attentats se multiplient y compris aux portes de Kaboul.

 

Cette situation jette les populations dans les bras des talibans qui contrôlent, avec les seigneurs de guerre, plus de la moitié du pays.

 

L’envoyé spécial de l’ONU en Afghanistan s’en inquiète et le président Karzaï lui-même demande plus de discernement dans les opérations militaires  en suppliant que soit mis un terme aux frappes aériennes visant les civils, aux perquisitions arbitraires et aux détentions illégales. Mais pour l’instant ses suppliques sont restées sans effet sur l’Etat Major américain et  l’OTAN.

 

Des risques d’élargissement du conflit se font également jour dans la région

 

La vaste offensive contre les milices radicales, organisées dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, de concert avec le nouveau gouvernement d’Islamabad, ont fait de nombreuses victimes.

260 000 réfugiés pakistanais ont été chassés de leurs villages et rassemblés de force dans des camps de regroupement.

Affaiblir l’Afghanistan pour le contrôler à toujours fait partie de la stratégie du Pakistan. D’ailleurs les talibans  émanent largement des services de renseignements de l’armée pakistanaise avec la complicité du CIA qui les considéraient à l’époque de la lutte contre l’URSS comme des « combattants de la liberté ».

Ces derniers jours la coalition gouvernementale pakistanaise issue des élections de février a éclaté.

La Ligue musulmane  de l’ex-premier ministre vient de  rejoindre  l’opposition. 

Dans ce pays miné par une grave crise économique, et plongé dans la plus grande incertitude, l’armée et les mouvances fondamentalistes vont vouloir en  tirer partie.

 

Or il n’y aura pas d’issue durable en Afghanistan sans impliquer le Pakistan dans les solutions à trouver et sans changement de la stratégie des Etats-Unis dans la région.

 

Une autre question revient en force : celle du Cachemire qui est un enjeu pour les islamistes internationaux et est âprement disputé entre le Pakistan et l’Inde, tout deux puissamment armés et en possession de l’arme nucléaire.

 

Enfin à la suite de la crise dans le Caucase l’ambassadeur russe à Kaboul estimait que l’OTAN pourrait ne plus être autorisée à utiliser les routes russes pour acheminer vivres et équipements en Afghanistan  puisque la Russie a décidé de « geler » sa coopération militaire avec l’Alliance.

Si cette menace devait se concrétiser, elle porterait un coup aux opérations militaires de l’OTAN en Afghanistan. L’Alliance fait transiter environ 30 % de ses approvisionnements - nourriture, carburant, eau et équipements - par des bases en Asie centrale.

 

C’est donc toute la région qui risque d’être déstabilisée pour le plus grand profit des forces les plus rétrogrades.

 

Alors quelle autre alternative à la guerre ?

 

Des  voix de plus en plus nombreuses  s’interrogent sur le bien fondé de la présence française sur le sol afghan  y compris chez certains militaires et  élus de droite.

 

Mais pour l’instant le gouvernement et Nicolas Sarkozy refusent de remettre en question l’engagement militaire de la France

 

Pourtant le dernier sondage indique que 62% des français souhaitent le retrait de nos troupes d’Afghanistan.

 

Certes il n’est pas contestable que :

·        L’Afghanistan a été la base arrière des groupes terroristes islamiques

·        La doctrine des talibans est rétrograde et moyenâgeuse et nie les droits humains élémentaires à commencer par ceux des femmes

 

Mais la démonstration est en train de se faire que la guerre à outrance n’est pas la solution pour les éradiquer

 

Pour les faire reculer il faut s’attaquer aux causes qui les nourrissent à savoir :

·        La pauvreté

·        La désespérance

·        L’ignorance

·        L’arrogance des grandes puissances

 

Or depuis 2001 il  a été dépensé 10 fois plus pour la guerre que pour la reconstruction du pays

 

Sur les 25 milliards promis par les pays donateurs pour aider à la reconstruction de l’économie afghane seulement la moitié a été versé,  mais :

·        Les zones rurales ont été exclues

·        1/3 de ces sommes a été accaparé par la corruption

 

La situation n’a cessé de se dégrader depuis 2001 pour la population :

·        75 % des afghans vivent avec moins d’1 euro par jour

·        36 % seulement sont   alphabètes

·        61 % de la population de Kaboul est sans logement

·        80% des afghans n’ont toujours pas l’accès à l’eau potable

·        L’espérance de vie ne dépasse pas 43 ans

·        Il n’y a pratiquement plus d’infrastructures et la population est livrée aux trafiquants de tout poils

·        La culture du pavot est devenu la principale ressource, représentant 60% du PNB du pays

 

Certes la réalité afghane est plus complexe et le pays n’est pas voué inexorablement à la misère et à la violence, même si  cette réalité  domine depuis 25 ans

 

C’est un pays de 670 000 km2, plus grand que la France, divisé en 34 provinces et compte environ 30 millions d’habitants.

 

Il est composé de différentes ethnies dont les pachtounes qui représentent 40% de la population puis vient les tadjiks (27%,) les hazâras (10%,) les ouzbeks (9%) les turkmènes, les baloutches, etc..

 

Sa population est majoritairement musulmane (80% sunnite, 20% chiite)  

 

Situé au coeur de l’Asie Centrale, l’Afghanistan, a toujours été convoité par les grandes puissances pour sa position stratégique et ses richesses

 

Malgré la grande diversité de la population  le sentiment national y est fort et l’Afghanistan a toujours su préserver son indépendance et son intégrité au cours de son histoire.

 

Par ailleurs contrairement à l’image  qu’on en donne,  le pays ne manque pas de ressources. C’est d’ailleurs une des raisons de la convoitise de ses grands voisins Chine, Inde, Pakistan, Iran, Russie et bien sur les Etats-Unis.

 

C’est un pays à vocation agricole avec la  possibilité de culture de fruits, de légumes, de céréales mais hélas c’est celle du pavot qui est florissante aujourd’hui

 

Les réserves d’eau existent mais il n’y a pas de réseaux d’irrigation pour l’apporter dans les zones de culture

 

Le sous sol contient des minerais précieux : de l’or, du diamant, des métaux : fer, plomb, tungstène, zinc, cuivre et de grands gisement de charbon

 

Les réserves de gaz naturel sont estimées à 2520 milliards de m3 et celles concernant le pétrole sont considérables à tel point que Texaco, BP, Total, ont déjà des bureaux ouverts à Kaboul

 

Alors que faire ?

 

D’abord il a urgence à réorienter les crédits affectés à la guerre vers les besoins fondamentaux de la population.

 

L’aide internationale devrait en priorité aider les afghans à exercer pleinement leur souveraineté sociale, économique.

 

Au lieu de larguer des bombes sur les villages il vaudrait mieux utiliser l’argent dilapidé à aider au développement des cultures vivrières, construire des équipements tels des routes, des écoles ou des centres de santé.  

 

Car le problème afghan est essentiellement politique et non militaire. Les groupes qui gouvernent à Kaboul défendent des intérêts étroitement ethniques, religieux, régionaux. Ils n’ont aucun intérêt objectivement à la construction d’un Etat fort, centralisé et démocratique qui les priveraient du pillage du pays et du détournement de l’aide internationale.

Or ce sont eux qui ont le soutien des pays occidentaux au détriment d’autres forces afghanes.

 

Par ailleurs ce n’est pas en donnant un quitus à  la nouvelle constitution afghane, qui  a instauré en 2004 un  Etat islamiste fondé sur la charia , avec des droits élémentaires bafoués,  que les pays qui prétendre lutter contre l’intégrisme radical  feront  reculer l’influence des talibans.

 

Le redressement du pays ne se fera qu’avec l’appui des forces les plus progressives sur des bases interethniques,  démocratique et laïques comme le demandent actuellement une trentaine d’organisations politiques afghanes.

 

Exiger le retrait des troupes françaises d’Afghanistan n’est donc pas contradictoire avec le soutien à apporter au peuple afghan comme celui qu’il faut apporter aussi au peuple irakien et palestinien.

 

Nous souhaitons que le débat parlementaire  qui aura lieu le 22 septembre en vertu du nouvel article 35 de la constitution révisée le 21 juillet dernier, porte sur ces préoccupations. Nous serons attentifs aux positions que prendront les élus de la Nation.

Quoi qu’il en soit nous allons continuer à nous exprimer et nous mobiliser. 

Jacques Obriet.

 

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