Inauguration de la stèle Louis Barthas: allocution de Jacques Obriet

Monsieur le Député,

Madame la Sénatrice,

Madame et Monsieur les Conseillers Régionaux,

Monsieur le Conseiller Général,

Mesdames, Messieurs les Maires et Conseillers municipaux

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis

  

A la veille de la Grande Guerre Louis Barthas, natif d’Homps,  vivait  à Peyriac avec son épouse et ses deux enfants   en exerçant le métier de tonnelier.

Rien ne le prédisposait à la notoriété même s’il était déjà un militant de base appliqué à mettre en œuvre les valeurs qui le motivaient.

C’est vraisemblablement le goût de la lecture, sa curiosité, son avidité d’apprendre qui le conduisit vers les œuvres de grands penseurs.

Homme de conviction Louis Barthas avait contribué à la création du syndicat des ouvriers agricoles et à la section socialiste de Peyriac et il milita aux côtés de militants socialistes de renom comme le Docteur Ferroul où le député du Tarn, Jean Jaurès.

Il était le produit d’une école primaire remarquable, humaniste et égale pour tous dont il fut l’un des brillants élèves.

Ce n’est donc pas le hasard s’il fut à la fois un socialiste chrétien profondément laïque, syndicaliste, antimilitariste et pacifiste ; qu’il ait pris sa plume dès les premiers jours de la guerre pour noter scrupuleusement l’histoire du calvaire qu’il partagea durant quatre ans avec ses camarades de l’escouade du Minervois.

Ses notes prises dans le feu de la tourmente relatent les faits avec précision mais elles sont aussi des réquisitoires implacables contre la guerre, les tueries, le cynisme de la hiérarchie militaire, la haine et le chauvinisme.

Elles relatent aussi des moments d’amitiés, de partage d’espoir et de fraternité dont le point d’orgue se produisit en terre d’Artois en décembre 1915.

Recopiées sur des cahiers d’écoliers après la guerre, ses notes auraient pu restées enfouies au fond d’un grenier et échapper à la mémoire populaire.

Hommage soit rendue à la fédération audoise des œuvres laïque avec l’aide des enfants de Louis Barthas et à l’historien Rémy Cazals, notre conférencier de cette soirée, pour en avoir fait  un livre qui prend place désormais dans les grands témoignages de l’humanité contre la     barbarie.

C’est aussi une œuvre littéraire avait déclaré le président François Mitterrand.

Nous aurions pu en rester là  avec cet hommage présidentiel et se satisfaire du succès de librairie que connurent,  dès sa parution en 1979 chez Maspero « les carnets de guerre du caporal Barthas »

C’était sans compter sur un autre homme de cœur et de conviction, Emile Taillandier, lui aussi peyriacois d’adoption.

Emile pris très tôt la mesure de l’œuvre, la dimension de l’homme et la portée de son message qui allait bien au-delà du calvaire des poilus.

Il fut l’âme du projet qui se concrétise aujourd’hui, au-delà même de ses vœux.

Mais il a fallu à Emile et à la poignée de pacifistes qui soutenait sa démarche, beaucoup de ténacité et de persuasion pour atteindre son but : rendre hommage aux valeurs d’humanisme, de fraternité et de paix dont Louis Barthas fut un talentueux défenseur.

Emile fut aussi, sans doute, sensible aux propos de Marie Christine Blandin, à l’époque Présidente du Conseil Régional Nord Pas de Calais,   propos tenus le 11 novembre 1992 à Neuville St Wast où elle reprenait la lecture de la fameuse page de Louis Barthas sur la fraternisation de décembre 1915 et insistait sur ses conclusions : qui sait ! peut-être sur ce coin de l’Artois on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient l’horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entre tuer malgré leur volonté.

Emile fut interpellé et conforté dans l’idée qu’il aurait été dommage qu’il n’y ait pas quelque chose à Peyriac, dans le village  où vécut Louis Barthas, pour « honorer sa pensée et pérenniser les courtes heures où l’humanité triompha de la bêtise, où la vie l’emporta sur la mort. »

Et bien aujourd’hui grâce à l’association  « Les amis du caporal pacifiste Louis Barthas », aux nombreux souscripteurs,à  l’aide de nombreuses collectivités et particulièrement la municipalité de Peyriac Minervois et son maire Jacques Micheau, nous y sommes parvenus.

L’inauguration à quelques jours de l’anniversaire de ce « Joyeux Noël 1915 », magistralement  reconstitué par le film de Dany Boom et Christian Carion , vous le comprenez bien, n’est pas fortuite.

Barthas disait qu’il n’apporterait son obole que si les monuments érigés après 1918 soient une vigoureuse protestation contre la guerre et ne soient pas une incitation pour les générations futures à suivre l’exemple des martyrs malgré eux.

La stèle qui se dresse devant nous et le jardin qui l’entoure va plutôt dans ce sens

car le rameau d’olivier  a remplacé le fusil, la colombe qui traverse le casque du poilu s’envole vers le ciel et symbolise la vie et la paix.

Elle s’inscrit dans la liste des monuments, encore trop peu nombreux,   dédiés aux victimes de toutes les guerres et qui refusent d’exalter les épopées guerrières.  C’est particulièrement le cas à Gentioux  dans la Creuse. 

Mais notre démarche n’est pas d’opposer à travers notre stèle,  le pacifisme et la fraternité au sacrifice de millions de victimes qui pensaient avoir fait leur devoir. Nous leur rendons hommage et les respectons, évidemment,  y compris les fusillés pour « l’exemple » car leur mort est un  appel à réfléchir à l’idée de paix.

En ce jour particulier nos pensées vont bien sûr à notre regretté président Emile Taillandier qui aurait été heureux de partager cet instant d’émotion avec nous.

90 ans plus tard après avoir tourné la dernière page de ses carnets, quels sens donner au message de Louis Barthas ?

La création des Nations Unies et sa charte en 1945, la déclaration des droits de l’homme dont nous célébrons le soixantième anniversaire cette année, furent incontestablement des avancées pour l’humanité.

Mais de quelle justice parlons nous lorsque les ¾ de la population mondiale vit dans un dénuement total, quand toutes les cinq secondes un enfant de moins de 10 ans meurt de faim ou d’absence de soins ?

Quand 1335 milliards de dollars sont consacrés à l’armement   alors que l’on ne trouve pas les 30 milliards de dollars nécessaires pour éradiquer définitivement la faim sur la planète ?

Est-ce un hasard  si  la carte des conflits recouvre à peu près celle de la pauvreté ?

De quels droits de l’homme parle-t-on quand les Etats dit démocratiques multiplient les mesures sécuritaires et restreignent les libertés individuelles, lorsque l’Europe incite ses membres à accroître leurs moyens militaires et fermer leurs portes aux immigrés et demandeurs d’asile ?

Au nom de la guerre au terrorisme peut-on  justifier Guantanamo, Abou Grahib, le recours à la torture et les interventions militaires préventives ?

Dans quel  pays vivons nous pour envisager normal qu’un enfant de 12 ans puisse être jeté en prison ou être raflé  dans la cours d’une école pour être expulser du territoire ?

Dans une apostrophe fameuse Jean Jaurès déclara en son temps à l’Assemblée Nationale que le capitaliste portait la guerre comme la nuée portait l’orage.

Cette formule est elle dépassée aujourd’hui quand   la crise   qui s’installe sur les tous les continents apporte déjà son lot de violence économique et sociale qui peuvent déboucher sur des violences encore plus grande ?

La paix ne peut pas se limiter seulement à être un idéal aussi enthousiasmant qu’il soit.

L’action citoyenne reste donc nécessaire à tous les niveaux pour que la culture de la paix devienne la matrice d’un monde solidaire.

Car si « les guerres prennent naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».

Barthas ne dit pas entre chose lorsqu’il écrit qu’il luttera sans trêve ni merci, jusqu’à son dernier souffle pour l’idée de paix et de fraternité humaine.

 

Jacques Obriet

Secrétaire de l’association « les amis du caporal pacifiste louis Barthas »

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